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Gabriel Millet (1867-1953)

Gabriel MilletGabriel Millet est né le 17 avril 1867 à Saint-Louis du Sénégal; très tôt orphelin, il est élevé à Nice par sa grand-mère et poursuit ses études supérieures à Paris. Agrégé d'histoire en 1891, il est, la même année, nommé membre de l'Ecole française d'Athènes. Maître de conférence à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (section des Sciences religieuses) en 1899, il devient ensuite, en 1906, directeur d'études et donne à son enseignement, intitulé Christianisme byzantin et archéologie chrétienne, un rayonnement international. En 1925 il est élu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. De 1926 à son départ à la retraite en 1937, son enseignement à l'EPHE se double de celui qu'il professe au Collège de France en tant que titulaire de la chaire d'Esthétique et d'histoire de l'art. Il meurt à Paris le 8 mai 1953, laissant une œuvre considérable, tant par le nombre que par la variété de ses publications dans de multiples domaines de l'histoire byzantine.

Le savant byzantiniste, historien et lettré d'une vaste culture, qui contribua au renouveau des études byzantines à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, fut d'abord un homme de terrain, un grand voyageur, un archéologue et un photographe. A l'occasion de son séjour à l'Ecole Française d'Athènes et lors des missions d'étude qui lui furent ultérieurement confiées, il visita la Grèce, où il découvrit les monuments byzantins, pour beaucoup encore méconnus, en Attique, mais aussi en Epire (Arta), en Macédoine (Thessalonique), en Béotie ou dans le Péloponnèse. On lui doit, entre autres, la première - et encore aujourd'hui unique - monographie sur Le Monastère de Daphni: histoire, architecture, mosaïques (1899), une synthèse sur l'architecture des églises de Grèce (L'Ecole grecque dans l'architecture byzantine, 1916), et surtout la révélation des monuments de Mistra (Monuments byzantins de Mistra, matériaux pour l'étude de l'architecture et de la peinture en Grèce aux XIVe et XVe siècles, 1910).

Il visita aussi longuement les monastères du Mont Athos, en 1894 et 1898, puis en 1918, 1919 et 1920, avec le concours de l'armée d'Orient (Recueil des inscriptions chrétiennes de l ´Athos, 1904; Monuments de l’Athos, 1 : Les peintures, 1927). Ces différents séjours lui permirent de photographier les monuments de l'architecture, de la peinture et de la sculpture, mais aussi les miniatures et les objets précieux des trésors de la Sainte Montagne; il a également décrit, copié et photographié les actes des principaux monastères et fondé la collection « Archives de l'Athos ». En 1916, il publie la somme intitulée Recherches sur l'iconographie de l'Evangile aux XIVe, XVe et XVIe siècles, d'après les monuments de Mistra, de la Macédoine et du Mont Athos, ouvrage original et novateur, qui révéla l'importance des derniers siècles de Byzance et qui, quelles que soient les réserves qu'il peut légitimement susciter aujourd'hui, constitue encore une mine pour les chercheurs en iconographie.

Gabriel MilletMais les explorations de Gabriel Millet n'ont pas concerné seulement la Grèce: il se rendit aussi à Istanbul et voyagea en Turquie, où il a, en particulier, dressé les plans et les relevés des églises et des monastères de Trébizonde. Il visita l'Italie (Ravenne, Venise) et Madrid, mena des missions d'étude en Dalmatie et en Istrie (1897, 1901), où il dirigea les fouilles de la basilique euphrasienne de Porec (Parenzo). Mais c'est en Serbie, Macédoine et Monténégro, qu'il avait visités dès 1905 et 1906, qu'il a mené dans les années 20 et jusqu'en 1935 ses ultimes recherches et campagnes photographiques, révélant au monde savant l'importance des monuments balkaniques de l'époque des Paléologues, considérée jusque là comme une période de décadence (L’ancien art serbe, 1919; La peinture du moyen-âge en Yougoslavie Serbie, Macédoine, Monténégro, I-IV - quatre albums posthumes publiés en 1954, 1957, 1962 et 1969 par A. Frolow et pour le t. IV, T. Velmans).

Gabriel Millet ne s'est pas contenté d'étudier les monuments: son intérêt s'est porté aussi sur les inscriptions (grecques et slaves), sur les objets, les manuscrits, les monnaies, les sceaux ou encore les broderies religieuses, pour l'étude desquelles il fit œuvre de pionnier (Broderies religieuses de style byzantin, 1939, 1947; La dalmatique du Vatican : Les élus, images et croyances, 1945).

La Collection chrétienne et byzantine dite Photothèque Millet

L'un des grands mérites de Gabriel Millet fut de réunir une œuvre documentaire immense: de ses nombreuses missions, il rapporta des milliers de notes, de plans, de relevés d'architecture, de copies d'inscriptions, de croquis et d'aquarelles (dues au talent de son épouse, Sophie Millet, et d'artistes professionnels, comme Pierre Benouville et Ronsin), mais surtout une quantité impressionnante de photographies sur plaques de verre. Dès 1899, il décide de faire entrer sa documentation personnelle à l'EPHE et constitue ce qu'il appelle la Collection chrétienne et byzantine: plus de 3000 plaques photographiques, des tirages sur papier, des aquarelles constituent ainsi l'embryon de ce qui deviendra l'une des plus importantes collections au monde en ce domaine. Sous l'impulsion de Gabriel Millet se multiplient les dons de byzantinistes et de chercheurs, de voyageurs et d'institutions (Clédat, Kondakov, Jerphanion, Miss Bell, la Société orthodoxe de Palestine, l'Académie des sciences de Belgrade, l'Académie des sciences de Skopje, etc.). La documentation ainsi réunie est considérable et pour de nombreux monuments de Grèce et des Balkans, touchés par les destructions liées aux conflits politiques ou aux tremblement de terre, irremplaçable. La Collection, qui compte aujourd'hui plus de 80.000 documents photographiques sur les arts chrétiens d'Orient (monuments, manuscrits, objets), continue de s'accroître des dons des chercheurs. Il en existe à ce jour trois catalogues:

- Gabriel Millet, La collection chrétienne et byzantine des Hautes Etudes, Paris 1903.

- André Grabar et alii, Catalogue des négatifs de la Collection chrétienne et byzantine fondée par Gabriel Millet, Paris 1955.

- Dominique Couson, Catalogue des documents photographiques originaux du fonds Gabriel Millet, Louvain 1986 (consacré aux documents des missions en Yougoslavie).

La préparation d'un catalogue informatisé est en cours par les soins de Ioanna Lagou, qui assure la gestion du fonds au quotidien.

Trois expositions virtuelles ont été conçues et réalisées par D. Couson-Desreumaux et E. Delage :

- Baouit. Complexe monastique. Missions archéologiques Jean Clédat 1901-1905
http://www.ephe.sorbonne.fr/images/stories/ww2/baouit.htm

- L'art byzantin dans la collection Gabriel Millet
http://www.ephe.sorbonne.fr/images/stories/ww2/ByzanceMillet/expo.html

- Centenaire de la Photothèque Gabriel Millet
http://www.ephe.sorbonne.fr/images/stories/ww2/millet/centenaire

Longtemps hébergée en Sorbonne, la photothèque Millet, temporairement installée dans l'immeuble "Le France" (190-198 Avenue de France, 75244 Paris cedex 13), rejoindra dans quelques années la Cité des humanités et des sciences sociales, Campus Condorcet Paris-Aubervilliers.

Catherine Jolivet-Lévy
Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes
Directrice de la Photothèque Millet

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